Comment reconnaitre les figures de style dans un texte ?
Les figures de style donnent vie à nos textes, mais comment reconnaitre les figures de style dans un texte quand on débute ? Cette compétence essentielle s’adresse aux collégiens, lycéens et étudiants qui veulent améliorer leur analyse littéraire et leurs résultats scolaires.
Repérer une métaphore, une allitération ou une ironie demande un œil exercé et quelques bonnes techniques. Beaucoup d’élèves passent à côté de ces richesses cachées dans leurs lectures, ce qui les pénalise lors des examens.
Dans ce guide, nous explorerons d’abord les bases indispensables pour comprendre ce que sont vraiment les figures de style. Ensuite, nous découvrirons une méthode de lecture structurée qui vous permettra de les détecter plus facilement. Enfin, nous verrons comment éviter les pièges d’interprétation qui font perdre des points précieux en classe.
Comprendre les bases des figures de style
Définir ce qu’est une figure de style
Une figure de style est un procédé d’expression qui modifie l’usage habituel de la langue pour créer un effet particulier. Imaginez la langue française comme une boîte à outils : les mots et les phrases sont vos outils de base, mais les figures de style sont des techniques spéciales qui vous permettent de sculpter votre message avec plus de finesse et d’impact.
Ces procédés vont bien au-delà de la simple communication d’information. Quand Victor Hugo écrit « Cette faucille d’or dans le champ des étoiles », il ne décrit pas littéralement une faucille dorée dans un champ. Il utilise une métaphore pour évoquer la lune dans le ciel nocturne, créant une image poétique saisissante.

La figure de style transforme l’expression ordinaire en langage expressif. Elle peut jouer sur :
- Le sens des mots (comme dans la métaphore)
- La sonorité (allitération, assonance)
- La construction syntaxique (chiasme, parallélisme)
- La logique apparente (oxymore, paradoxe)
Contrairement à une erreur de langue, la figure de style est intentionnelle et contrôlée. L’auteur choisit délibérément de s’écarter de l’expression directe pour enrichir son propos.
Distinguer les différentes catégories de figures
Les figures de style se répartissent en quatre grandes familles, chacune ayant sa spécificité et son mode d’action sur le lecteur.
Figures de substitution (tropes)
Ces figures remplacent un mot par un autre, créant un décalage entre le sens littéral et le sens figuré :
| Figure | Principe | Exemple |
|---|---|---|
| Métaphore | Comparaison implicite | « La vie est un fleuve » (comme un fleuve, la vie « coule » d’un point A à un point B, avec des courants, différents paysages, etc.) |
| Métonymie | Remplacement par un lien logique | « Boire un verre » ( on évoque le contenu (l’eau) par le contenant (le verre). |
| Synecdoque | La partie pour le tout | « Toutes les voiles » (les bateaux). La voile est une partie du bateau. |
| Personnification | Attribuer des traits humains | « Le vent gémit » (le vent ne peut pas émettre de gémissement dans la réalité, mais un bruit similaire). |
Figures d’analogie
Elles établissent des rapprochements entre des éléments différents :
- Comparaison : « Brave comme un lion »
- Allégorie : représentation concrète d’une idée abstraite. À l’écrit, on la repère souvent par l’utilisation de la majuscule. L’allégorie a donc deux sens : un sens littéral (la forme qui représente l’idée) et un sens figuré (l’idée, la notion qui est représentée).
Exemple : « Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ. Elle allait à grands pas moissonnant et fauchant, Noir squelette laissant passer le crépuscule. (Hugo, Contemplations, Mors). La faucheuse qui moissonne est ici une allégorie de la mort qui « fauche » les vivants, comme un paysan fauche (avec une faux) les épis de blé. - Symbole : objet représentant une notion plus large (la colombe symbole de la paix)
Figures d’amplification et d’atténuation
Ces procédés modulent l’intensité du propos :
Amplification (plus que la normale) :
- Hyperbole : exagération volontaire (« mourir de rire »)
- Gradation : progression croissante (« je viens, je vois, je vaincs »)
- Accumulation : énumération pour créer un effet de saturation, comme dans cet extrait d’une lettre de Mme de Sévigné : « Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu’à aujourd’hui, la plus brillante, la plus digne d’envie…«
Atténuation (moins que la normale) :
- Litote : dire moins pour suggérer plus (« ce n’est pas mauvais » = c’est très bon)
- Euphémisme : adoucir une réalité dure (« il nous a quittés » = il est mort)
Figures de construction
Elles jouent sur l’organisation syntaxique et rythmique :
- Parallélisme : répétition de structures similaires (Le sable atteint la bouche : silence. Le sable atteint les yeux : nuit. Victor Hugo, Les Misérables)
- Chiasme : croisement de constructions (« Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger »)
- Anaphore : répétition en début de phrase ou de vers

Identifier l’objectif des figures dans un texte
Chaque figure de style répond à une intention précise de l’auteur. Comprendre ces objectifs vous aide à décoder le message véritable du texte.
Créer des images mentales
Les figures servent d’abord à rendre le discours plus vivant et concret. Une métaphore comme « l’océan de ses cheveux » fait naître une image immédiate dans l’esprit du lecteur, bien plus évocatrice que « ses longs cheveux ondulés ».
Susciter des émotions
Certaines figures visent l’impact émotionnel. L’hyperbole « j’ai mille choses à faire » exprime mieux le sentiment d’urgence qu’une formulation neutre. L’euphémisme, à l’inverse, cherche à atténuer la brutalité de certaines réalités.
Convaincre et persuader
Dans les textes argumentatifs, les figures renforcent la persuasion. La gradation construit une montée dramatique, l’antithèse met en valeur les contrastes, la métaphore filée rend l’argumentation plus accessible.
Marquer le style et l’époque
Les figures caractérisent aussi un auteur ou un mouvement littéraire. L’accumulation baroque, la préciosité classique, ou l’ironie voltairienne deviennent des signatures stylistiques reconnaissables.
Reconnaître ces objectifs vous permet de mieux cerner l’intention de l’auteur et d’apprécier la richesse de son expression. Une même figure peut d’ailleurs servir plusieurs buts simultanément, créant des effets de sens multiples qui enrichissent l’interprétation du texte.
Maîtriser les figures de style les plus courantes
Reconnaître les métaphores et comparaisons
Les métaphores et comparaisons forment la base de nombreuses expressions littéraires. Une comparaison établit un lien entre deux éléments à l’aide d’outils de comparaison comme « comme », « tel que », « semblable à » ou « pareil à ». Par exemple : « Il court comme le vent » met en parallèle la rapidité d’une personne avec celle du vent.
La métaphore va plus loin en supprimant ces outils de comparaison pour créer une identification directe. « Cet homme est un lion » transforme la personne en lion sans utiliser de terme de liaison. Cette figure de style crée des images plus saisissantes et plus expressives.
Pour repérer ces figures, cherchez les associations inattendues entre des éléments différents. Les métaphores filées s’étendent sur plusieurs phrases ou paragraphes, développant la même image de base. Victor Hugo maîtrise cette technique dans « Les Misérables » quand il compare Paris à un océan sur plusieurs pages.
Indices pratiques :
- Présence d’adjectifs inhabituels pour qualifier un nom
- Verbes qui ne correspondent pas à l’action normale du sujet
- Images visuelles qui semblent décalées par rapport au contexte
Repérer les personnifications et allégories
La personnification donne des caractéristiques humaines à des objets, animaux ou concepts abstraits. « Le vent murmurait dans les arbres » attribue la capacité humaine de murmurer au vent. Cette figure de style anime le monde non-humain et crée une atmosphère particulière.
L’allégorie développe cette idée sur une échelle plus large. Elle représente des idées abstraites par des personnages, des situations ou des objets concrets. « La Justice » représentée par une femme aux yeux bandés tenant une balance illustre parfaitement cette technique.
Dans les fables de La Fontaine, les animaux incarnent des défauts humains : le renard symbolise la ruse, le lion la puissance. Ces textes fonctionnent sur deux niveaux : l’histoire apparente et le message moral sous-jacent.
Signaux d’alerte :
- Objets qui « parlent », « pleurent » ou « rient »
- Concepts abstraits décrits comme des personnes
- Récits où tous les éléments semblent représenter autre chose
Identifier les hyperboles et litotes
L’hyperbole exagère volontairement la réalité pour créer un effet dramatique. « Je suis mort de fatigue » ne signifie pas une mort littérale mais exprime un épuisement extrême. Cette figure de style amplifie les émotions et impressionne le lecteur.
La litote procède de manière opposée en atténuant l’expression d’une idée pour la renforcer paradoxalement. « Ce n’est pas mal » pour dire que quelque chose est excellent, ou « Il n’est pas bête » pour souligner l’intelligence de quelqu’un.
Ces deux figures jouent sur les degrés d’intensité. L’hyperbole pousse vers l’excès tandis que la litote utilise la retenue. Molière exploite brillamment ces contrastes dans ses pièces pour créer des effets comiques ou dramatiques.
Marqueurs caractéristiques :
- Superlatifs excessifs (« le plus beau du monde »)
- Négations qui affirment en creux (« pas désagréable »)
- Expressions numériques impossibles (« mille fois »)
Détecter les anaphores et répétitions
L’anaphore répète le même mot ou la même expression en début de phrases, de vers ou de propositions successives. « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage / Heureux qui a vécu… » de Du Bellay illustre cette technique qui crée un rythme hypnotique.
Les répétitions peuvent prendre différentes formes : épiphore (répétition en fin de phrase), symploque (répétition au début et à la fin), ou simple répétition de mots-clés. Ces procédés marquent l’insistance et facilitent la mémorisation.
Dans les discours politiques, l’anaphore renforce l’impact émotionnel. Le célèbre « I have a dream » de Martin Luther King démontre la puissance de cette figure de style pour marquer les esprits et transmettre une conviction.
Techniques de repérage :
- Lecture à voix haute pour entendre le rythme
- Soulignage des mots qui reviennent fréquemment
- Attention aux débuts et fins de phrases similaires
- Observation des effets sonores créés par les répétitions
Ces figures de style transforment le texte en lui donnant relief, musicalité et pouvoir d’évocation. Leur reconnaissance demande de la pratique mais révèle rapidement les intentions de l’auteur.
Développer une méthode de lecture efficace
Analyser le contexte et le registre du texte
Avant de plonger dans la chasse aux figure de style, vous devez d’abord comprendre dans quel univers vous évoluez. Le genre du texte vous donne des indices précieux : un poème romantique regorge généralement de métaphores et de personnifications, tandis qu’un discours politique privilégiera les anaphores et les gradations pour convaincre.
Le registre détermine aussi quelles figures attendre. Un texte comique jouera sur les jeux de mots, les antithèses surprenantes et les hyperboles exagérées. Un passage tragique, lui, optera plutôt pour des métaphores sombres, des oxymores poignants et des exclamations pathétiques.
Regardez qui parle et à qui. Un narrateur omniscient peut se permettre des comparaisons élaborées et des allégories complexes. Un personnage en colère utilisera plus spontanément des répétitions expressives et des interrogations rhétoriques. Cette analyse préalable vous évite de chercher des lions là où il n’y a que des souris.
L’époque compte également. Les textes classiques adorent les périphrases et les allusions mythologiques, tandis que la littérature contemporaine préfère souvent des images plus directes et des références modernes. Connaître ces codes vous aide à ajuster votre radar stylistique.
Observer les mots-clés et expressions particulières
Certains mots agissent comme des signaux lumineux pour repérer les figure de style. Les termes de comparaison (« comme », « tel que », « ainsi que ») annoncent généralement une comparaison, mais attention aux métaphores déguisées qui suppriment ces connecteurs évidents.
Les adjectifs inhabituels ou contradictoires révèlent souvent des oxymores (« obscure clarté », « silence assourdissant »). Les verbes d’action appliqués à des objets inanimés signalent une personnification (« le vent murmure », « la montagne veille »).
Prêtez attention aux champs lexicaux dominants. Si un texte accumule le vocabulaire de la guerre pour parler d’amour, vous tenez probablement une métaphore filée. Si les termes religieux envahissent un passage sur la nature, cherchez une allégorie.
Les répétitions de sons attirent immédiatement l’oreille : les allitérations (répétition de consonnes) créent des effets musicaux reconnaissables (« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes »), tandis que les assonances (répétitions de voyelles) installent des atmosphères particulières.
Les mots rares, archaïques ou techniques sortent du lot et méritent attention. Ils participent souvent à des effets stylistiques précis : solennité, ironie, couleur locale. Un vocabulaire soutenu au milieu d’un passage familier peut créer un contraste voulu.
Examiner la structure et le rythme des phrases
La longueur des phrases révèle beaucoup. Une succession de phrases courtes crée un rythme saccadé, souvent associé à l’émotion forte ou à l’action rapide. Les phrases interminables, elles, peuvent installer une atmosphère onirique ou exprimer l’abondance.
Regardez comment les idées s’enchaînent. Les répétitions en début de phrase (anaphores) martèlent un message et créent un effet d’insistance. Les structures parallèles rendent le discours plus mémorable et plus persuasif.
La ponctuation parle aussi. L’accumulation de points d’exclamation trahit l’emphase, les points de suspension suggèrent l’inachevé ou le mystérieux, les tirets multiplient les apartés et les précisions.
Observez les ruptures dans le rythme normal. Une phrase qui s’arrête brutalement (aposiopèse) ou qui explose en exclamations peut marquer un tournant émotionnel. Les inversions de l’ordre habituel des mots signalent souvent une volonté de mise en relief.
La disposition typographique compte dans la poésie moderne. Les blancs, les décalages, les jeux sur la taille des caractères participent du sens et constituent des figure de style visuelles à part entière.
Cette méthode d’observation structurelle vous permet de déceler les effets stylistiques les plus subtils, ceux qui agissent sur votre perception sans que vous en compreniez immédiatement le mécanisme.
Utiliser des indices visuels et sonores
Repérer les jeux de sonorités et allitérations
Les sonorités forment souvent les premières pistes pour détecter une figure de style. L’allitération, qui répète des consonnes identiques, crée un effet musical facilement reconnaissable. Quand vous lisez « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? », le son « s » répétitif vous frappe immédiatement à l’oreille. Cette répétition n’est jamais accidentelle.
L’assonance fonctionne de manière similaire avec les voyelles. Dans « Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville », la répétition du son « eu » renforce la mélancolie du poème de Verlaine. Ces effets sonores accompagnent souvent d’autres figures de style et servent d’indicateurs précieux.
Voici les principaux jeux sonores à écouter :
- Allitération : répétition de consonnes (« Tous mes amis sont morts »)
- Assonance : répétition de voyelles (« Tout m’afflige et me nuit »)
- Paronomase : rapprochement de mots aux sonorités proches (« Traduttore, traditore »)
- Écho : répétition partielle de sons en fin de phrase
Lisez toujours le texte à voix haute. Votre oreille captera ces effets plus facilement que vos yeux lors d’une lecture silencieuse.
Identifier les contrastes et oppositions
Les contrastes visuels dans un texte signalent souvent des figures de style puissantes. L’antithèse met côte à côte des termes opposés, créant un effet saisissant. « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » de Corneille juxtapose deux concepts contradictoires pour créer une image poétique forte.
L’oxymore pousse cette logique plus loin en associant directement deux termes incompatibles : « un silence assourdissant », « une douce violence ». Ces combinaisons impossibles attirent l’attention et créent des images marquantes.
Les contrastes se manifestent aussi par :
| Type d’opposition | Exemple | Effet produit |
|---|---|---|
| Lumière/obscurité | « ténèbres éblouissantes » | Paradoxe saisissant |
| Taille | « géant minuscule » | Contradiction frappante |
| Température | « feu glacé » | Sensation impossible |
| Mouvement | « immobilité frénétique » | Dynamisme paradoxal |
Recherchez ces oppositions dans la structure même des phrases. Deux propositions qui s’opposent, des adjectifs contradictoires, des verbes aux sens contraires constituent autant d’indices visuels d’une figure de style à l’œuvre.
Détecter les images sensorielles
Les images sensorielles transforment les mots en sensations concrètes. Une métaphore réussie fait appel à nos cinq sens et crée des ponts entre différents domaines sensoriels. « Le velours de la nuit » associe le toucher à la vision, tandis que « une voix de miel » mélange l’ouïe au goût.
La synesthésie mélange volontairement les sensations : « un parfum vert », « un bruit doré ». Ces associations impossibles dans la réalité créent des images poétiques puissantes. Baudelaire excelle dans cette technique avec ses « parfums frais comme des chairs d’enfants ».
Portez attention aux mots qui évoquent :
- La vue : couleurs, formes, lumières
- L’ouïe : sons, musiques, bruits
- Le toucher : textures, températures, consistances
- L’odorat : parfums, odeurs, senteurs
- Le goût : saveurs, amertume, douceur
Quand un auteur décrit un sentiment abstrait avec des termes concrets (« broyer du noir », « voir rouge »), il utilise probablement une figure de style. Ces passerelles entre l’abstrait et le concret constituent des indices fiables.
Analyser la ponctuation significative
La ponctuation révèle souvent des intentions stylistiques précises. Des points de suspension peuvent indiquer une ellipse volontaire, créant un effet de mystère ou d’inachevé. « Il était une fois… » laisse le lecteur dans l’attente.
L’accumulation de points d’exclamation ou d’interrogation signale généralement une emphase particulière. « Quoi ! Vous osez ! Vraiment ! » montre une gradation dans l’indignation du personnage.
Les deux-points introduisent souvent des énumérations, des explications ou des chutes surprenantes. Dans « Il avait tout prévu, sauf cela : l’amour », la ponctuation prépare l’effet de surprise.
Observez attentiellement :
- Points de suspension : ellipse, non-dit, suspension
- Points d’exclamation multiples : emphase, émotion forte
- Points d’interrogation répétés : questionnement insistant
- Tirets : dialogue, aparté, rupture
- Guillemets : citation, ironie, distance
Les parenthèses créent souvent un effet d’aparté, comme si l’auteur s’adressait directement au lecteur. Cette complicité constitue une figure de style à part entière, particulièrement efficace dans les textes humoristiques ou critiques.
Éviter les erreurs d’interprétation courantes
Différencier sens propre et sens figuré
Reconnaître une figure de style commence souvent par distinguer le sens littéral du sens figuré. Cette distinction pose parfois des défis, surtout quand certaines expressions sont devenues si courantes qu’elles semblent naturelles.
Quand vous lisez « Il pleut des cordes », votre cerveau comprend automatiquement qu’il s’agit d’une pluie intense, pas de véritables cordes qui tombent du ciel. Cette métaphore est si ancrée dans notre langage quotidien qu’on oublie son caractère figuré.
Pour éviter la confusion, posez-vous cette question simple : « Est-ce que cette phrase a du sens si je la prends au pied de la lettre ? » Si la réponse est non, vous êtes probablement face à une figure de style.
Exemples pratiques :
| Expression | Sens propre | Sens figuré |
|---|---|---|
| « Dévorer un livre » | Manger physiquement un livre | Lire avec passion |
| « Avoir un cœur de pierre » | Posséder un organe minéral | Être insensible |
| « Les murs ont des oreilles » | Architecture anatomique | Risque d’être espionné |
Ne pas confondre les figures similaires
Certaines figures de style se ressemblent tellement qu’elles créent de la confusion. La métaphore et la comparaison en sont l’exemple parfait. Beaucoup pensent qu’elles sont interchangeables, mais chacune a sa spécificité.
La comparaison utilise des mots de liaison comme « comme », « tel que », « semblable à » : « Elle chante comme un rossignol. » La métaphore supprime ces connecteurs et affirme directement : « Cette femme est un rossignol. »
La métonymie et la synecdoque créent aussi des confusions. La métonymie remplace un élément par un autre qui lui est associé (« boire un verre » pour boire le contenu), tandis que la synecdoque remplace la partie par le tout ou inversement (« vingt têtes de bétail » pour vingt animaux).
Différences clés à retenir :
- Hyperbole vs emphase : L’hyperbole exagère énormément (« mourir de rire »), l’emphase insiste simplement (« vraiment beau »)
- Ironie vs sarcasme : L’ironie dit le contraire de sa pensée avec subtilité, le sarcasme attaque avec méchanceté
- Allitération vs assonance : L’allitération répète des consonnes, l’assonance répète des voyelles
Contextualiser l’usage des figures
Le contexte détermine souvent la nature et l’impact d’une figure de style. Une même expression peut revêtir différentes significations selon la situation, l’époque ou le registre de langue utilisé.
Dans un texte poétique, « l’or des blés » évoque la beauté dorée des champs de céréales. Dans un contexte économique, la même expression pourrait souligner la valeur commerciale des récoltes. Le registre change complètement l’interprétation.
L’époque influence également la compréhension. Les figures de style d’auteurs classiques comme Molière ou Racine peuvent sembler obscures aujourd’hui si on ignore le contexte historique et social de leur époque.
Éléments contextuels à considérer :
- Genre littéraire : Roman, poésie, théâtre, essai
- Époque de rédaction : Références culturelles de l’époque
- Public visé : Enfants, adultes, spécialistes
- Registre de langue : Familier, soutenu, technique
- Intention de l’auteur : Persuader, émouvoir, divertir, critiquer
Vérifier la cohérence de l’interprétation
Une bonne analyse des figures de style doit rester cohérente avec l’ensemble du texte. Si votre interprétation contredit le ton général ou le message principal, reconsidérez votre analyse.
Prenons l’exemple d’un texte mélancolique où l’auteur écrit « le soleil sourit ». Si vous interprétez cette personnification comme un signe de joie pure, vous passez probablement à côté de l’ironie ou du contraste voulu par l’auteur.
La cohérence s’évalue aussi à travers la progression du texte. Une métaphore filée doit se développer logiquement tout au long du passage. Si vous identifiez le début d’une métaphore maritime (« naviguer en eaux troubles »), cherchez les autres éléments qui prolongent cette image (« écueils », « tempête », « port de salut »).
Relisez toujours le passage en gardant votre interprétation en tête. Est-ce que votre lecture enrichit la compréhension globale ? Apporte-t-elle une nuance intéressante ? Si votre analyse semble forcée ou artificielle, c’est peut-être qu’elle ne colle pas à la réalité du texte.
Reconnaître les figures de style devient un jeu d’enfant quand on connaît les bonnes astuces. Repérer les métaphores, les comparaisons et les autres procédés stylistiques demande simplement un peu de pratique et une méthode claire. Une fois que vous maîtrisez les figures les plus fréquentes et que vous savez observer les indices visuels et sonores, la lecture prend une toute nouvelle dimension.
| Figure de style | Explication | Exemples | Effets produits |
|---|---|---|---|
| Comparaison | Rapproche deux éléments à l’aide d’un outil de comparaison. | Fort comme un lion ; Elle fuit tel un oiseau | Rend l’image plus concrète, facilite la compréhension, crée une image mentale |
| Métaphore | Comparaison implicite, sans outil comparatif. | Cet homme est un roc ; Une mer de douleurs | Intensifie l’image, donne une dimension poétique ou symbolique |
| Personnification | Attribue des traits humains à une chose ou une idée. | La nuit s’étend ; Le vent gémit | Anime le décor, rend abstrait → vivant |
| Allégorie | Représentation concrète d’une idée abstraite. | La Mort personnifiée par une faux ; La Justice aveugle | Donne corps à une idée, facilite la portée morale ou philosophique |
| Hyperbole | Exagération volontaire. | Je meurs de soif ; Un torrent de larmes | Amplifie l’émotion, souligne l’intensité |
| Litote | Dire moins pour suggérer plus. | Il n’est pas sans talent ; Ce n’est pas un échec | Crée de l’ironie, de la retenue, de l’élégance |
| Euphémisme | Atténue une réalité brutale. | Il s’est éteint (pour il est mort) ; Une restructuration (pour des licenciements massifs) | Adoucit le propos, évite le choc |
| Antithèse | Opposition nette entre deux idées. | Rire et pleurer ; Jour / nuit | Met en relief un conflit, une tension |
| Oxymore | Association de mots contradictoires. | Une obscure clarté ; Un silence bruyant | Crée un choc, souligne la complexité |
| Paradoxe | Affirmation contraire au sens commun. | La liberté est une contrainte ; Qui perd gagne | Invite à réfléchir, trouble le lecteur |
| Anaphore | Répétition en début de phrase ou de vers. | Moi, je… Moi, je… ; Toujours aimer, toujours souffrir | Insistance, rythme, effet oratoire |
| Accumulation | Juxtaposition de termes. | Cris, pleurs, sanglots ; Il court, chute, se relève | Donne une impression d’abondance ou de débordement |
| Gradation | Accumulation ordonnée selon l’intensité. | Murmure, cri, hurlement ; Regarder, voir, comprendre | Montée dramatique ou émotionnelle |
| Chiasme | Structure croisée (AB / BA). | Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger ; La neige en deuil, la colombe en pleurs | Effet de symétrie, impression d’équilibre |
| Ironie | Dire le contraire de ce que l’on pense. | Quel exploit ! (échec) ; Formidable idée… (idée non pertinente) | Dénonciation implicite, critique |
| Allitération | Répétition d’un son consonne. | Pour qui sont ces serpents qui sifflent ; Le vent violent | Crée une musicalité, peut imiter un bruit |
| Assonance | Répétition d’un son voyelle. | Les sanglots longs des violons ; Là-bas, la mer | Harmonie sonore, effet de douceur ou de plainte |
| Paronomase | Rapprochement de mots aux sons proches. | Qui se ressemble s’assemble ; L’amer amour | Jeu sonore, effet poétique ou ironique |
| Onomatopée | Mot imitant un bruit. | Boum, pfff | Rend la scène vivante, effet réaliste |
Tableau comparatif – Figures de style proches
| Figures proches | Différence essentielle | Exemples | Astuce pour ne pas confondre |
|---|---|---|---|
| Comparaison / Métaphore | La comparaison utilise un outil comparatif ; la métaphore non. | Fort comme un lion / Cet homme est un lion | 👉 S’il y a comme, tel que → comparaison |
| Métaphore / Personnification | La métaphore assimile ; la personnification humanise. | La mer est un miroir / La mer s’endort | 👉 Parle-t-on d’un humain ? |
| Allégorie / Personnification | L’allégorie est développée et symbolique ; la personnification est ponctuelle. | La Mort avec sa faux / La nuit gémit | 👉 Idée abstraite incarnée sur la durée = allégorie |
| Hyperbole / Gradation | L’hyperbole exagère ; la gradation organise une montée. | Je meurs de fatigue / Fatigué, épuisé, anéanti | 👉 Y a-t-il une progression ? |
| Accumulation / Gradation | Accumulation = liste libre ; gradation = intensité organisée. | Cris, larmes, colère / Murmure, cri, hurlement | 👉 Intensité croissante = gradation |
| Oxymore / Antithèse | Oxymore = contradiction en 2 mots ; antithèse = opposition d’idées. | Une douce violence / La joie et la douleur | 👉 Très court et choquant = oxymore |
| Antithèse / Paradoxe | Antithèse oppose ; paradoxe surprend par une vérité contraire. | Jour / nuit / La liberté est une contrainte | 👉 Le paradoxe fait réfléchir |
| Litote / Euphémisme | Litote suggère plus ; euphémisme adoucit. | Il n’est pas mauvais / Il s’est éteint | 👉 Intention : suggérer ou adoucir ? |
| Ironie / Litote | Ironie dit le contraire ; litote atténue. | Quel génie ! / Ce n’est pas sans mérite | 👉 Ironie = moquerie implicite |
| Allitération / Assonance | Allitération = consonnes ; assonance = voyelles. | Serpents qui sifflent / Les sanglots longs | 👉 S = consonne / O = voyelle |
| Allitération / Onomatopée | Allitération répète ; onomatopée imite un bruit. | Vent violent / Boum | 👉 Mot-bruit direct = onomatopée |
| Paronomase / Allitération | Paronomase joue sur des mots proches ; allitération sur un son. | Qui se ressemble s’assemble / Le long labeur | 👉 Sons proches OU mots proches ? |
| Métaphore filée / Allégorie | Métaphore filée = image prolongée ; allégorie = symbole autonome. | L’amour est un feu… il brûle / La Justice aveugle | 👉 Métaphore = image, allégorie = idée |
EXERCICES – REPÉRER LES FIGURES DE STYLE
Attention ! Il y a 15 exercices en tout, mais les corrections sont livrées après chaque série de 5 exercices, pour t’aider à assimiler progressivement.
🔹 Exercice 1 – Repérage simple
👉 Consigne : Identifie la figure de style utilisée dans chaque phrase.
- Cet homme est un renard.
- Il pleure comme un enfant.
- Je meurs de fatigue.
- La nuit étend son manteau noir.
- Les sanglots longs des violons de l’automne.
- Une obscure clarté éclaire mon cœur.
- Il n’est pas sans intelligence.
- Cris, pleurs, gémissements envahissent la pièce.
🔹 Exercice 2 – Figures proches
👉 Consigne : Choisis la bonne figure parmi les deux proposées.
- Fort comme un lion
→ comparaison / métaphore - Il s’est éteint hier soir
→ litote / euphémisme - Un silence assourdissant
→ oxymore / antithèse - Je vois, je comprends, je décide
→ accumulation / gradation - Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
→ allitération / assonance - Quel exploit ! (après un échec)
→ ironie / hyperbole
🔹 Exercice 3 – Justifier (niveau lycée)
👉 Consigne : Repère la figure et justifie en une phrase.
- La ville s’éveille sous le soleil.
- Ce n’est pas mauvais du tout.
- Jour et nuit se livrent bataille.
- Je vois la vie en noir.
🔹 Exercice 4 – Classement
👉 Consigne : Classe chaque phrase selon la figure dominante.
Figures proposées : métaphore – personnification – hyperbole – euphémisme – ironie
- Cette nouvelle m’a brisé le cœur.
- Il nous a quittés cette nuit.
- Bravo, encore une idée brillante…
- La colère rugit en lui.
- J’ai attendu une éternité.
🔹 Exercice 5 – Discrimination fine
👉 Consigne : Dis si la phrase contient une comparaison, une métaphore ou une personnification.
- La mer est un miroir.
- La mer s’endort au crépuscule.
- La mer est calme comme un lac.
✅ CORRECTIONS
✔️ Exercice 1
- Métaphore
- Comparaison
- Hyperbole
- Personnification
- Assonance (son [on])
- Oxymore
- Litote
- Accumulation
✔️ Exercice 2
- Comparaison
- Euphémisme
- Oxymore
- Gradation
- Allitération (son [s])
- Ironie
✔️ Exercice 3
- Personnification : la ville reçoit une action humaine (s’éveille).
- Litote : formulation atténuée qui suggère un jugement positif.
- Antithèse : opposition nette entre jour et nuit.
- Métaphore : vision négative assimilée à la couleur noire.
✔️ Exercice 4
- Métaphore
- Euphémisme
- Ironie
- Personnification
- Hyperbole
✔️ Exercice 5
- Métaphore
- Personnification
- Comparaison
Exercice 6 – Repérage ciblé
👉 Consigne : Identifie la figure de style.
- La Justice avance les yeux bandés et l’épée à la main.
- Je l’ai vu naître, grandir, puis s’éteindre.
- Il faut apprendre pour comprendre et comprendre pour apprendre.
🔹 Exercice 7 – Figures de pensée
👉 Consigne : Donne le nom de la figure utilisée.
- Plus je travaille, moins j’ai l’impression d’avancer.
- Qui gagne perd parfois plus que celui qui perd.
🔹 Exercice 8 – Jeux sur les mots et les sons
👉 Consigne : Identifie la figure dominante.
- L’amer amour m’a laissé sans douceur.
- Tic-tac, tic-tac, le temps martèle la nuit.
🔹 Exercice 9 – Analyse d’un passage
👉 Consigne : Repère la figure principale dans l’extrait suivant.
L’amour est un feu.
Il s’allume, il brûle, il consume,
et parfois ne laisse que des cendres.
🔹 Exercice 10 – Repérage rhétorique
👉 Consigne : Identifie la figure de style.
- Moi, je veux comprendre. Moi, je veux apprendre. Moi, je veux réussir.
- La liberté enchaîne parfois plus sûrement que la prison.
✅ CORRECTIONS
✔️ Exercice 6
- Allégorie
→ Une idée abstraite (la Justice) est incarnée de façon symbolique et durable. - Gradation
→ Progression logique et temporelle (naître → grandir → s’éteindre). - Chiasme
→ Structure croisée : apprendre / comprendre – comprendre / apprendre.
✔️ Exercice 7
- Paradoxe
→ Affirmation contraire au sens commun qui invite à réfléchir. - Paradoxe
→ Opposition logique apparente révélant une vérité plus complexe.
✔️ Exercice 8
- Paronomase
→ Rapprochement de mots aux sons proches (amer / amour). - Onomatopée
→ Les mots imitent un bruit réel (tic-tac).
✔️ Exercice 9
➡️ Métaphore filée
→ L’amour est assimilé au feu sur plusieurs lignes, avec un développement cohérent de l’image.
✔️ Exercice 10
- Anaphore
→ Répétition de Moi, je veux en début de phrase pour insister et rythmer. - Paradoxe
→ Opposition surprenante entre liberté et enfermement.
Exercice 11 – Racine, Phèdre (tragique)
« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue. »
👉 Consigne : Repère deux figures de style et nomme-les.
🔹 Exercice 12 – Victor Hugo, Les Misérables (romanesque / lyrique)
« La misère est une hydre aux mille têtes. »
👉 Consigne : Identifie la figure de style et précise son effet.
🔹 Exercice 13 – Baudelaire, Spleen (Les Fleurs du mal)
« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis »
👉 Consigne : Repère deux figures de style, dont une figure de sonorité.
🔹 Exercice 14 – La Fontaine, Les Animaux malades de la peste
« Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. »
👉 Consigne : Quelle est la figure de style dominante ? Justifie.
🔹 Exercice 15 – Corneille, Le Cid
« Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! »
👉 Consigne : Repère la figure principale et explique son rôle dans la scène.
✅ CORRECTIONS
✔️ Exercice 11 – Phèdre
✔ Gradation
→ je le vis / je rougis / je pâlis : montée émotionnelle traduisant le bouleversement intérieur.
✔ Antithèse implicite / oxymore latent
→ rougir / pâlir : deux réactions opposées qui traduisent le conflit intérieur.
👉 Effet : intensification de la passion tragique, perte de contrôle du personnage.
✔️ Exercice 12 – Les Misérables
✔ Métaphore
→ La misère est assimilée à une hydre (monstre mythologique).
👉 Effet :
- donne une dimension monstrueuse et inhumaine à la misère
- renforce la dénonciation sociale chère à Hugo
✔️ Exercice 13 – Spleen
✔ Comparaison
→ pèse comme un couvercle (outil de comparaison : comme)
✔ Allitération en [l] et [r]
→ ciel bas et lourd, longs ennuis
👉 Effet :
- lourdeur oppressante
- musicalité plaintive qui traduit l’angoisse et l’enfermement
✔️ Exercice 14 – La Fontaine
✔ Antithèse
→ ne mouraient pas tous / mais tous étaient frappés
👉 Effet :
- frappe par le contraste
- souligne l’injustice et l’absurdité de la situation
- prépare la portée satirique de la fable
✔️ Exercice 15 – Le Cid
✔ Anaphore
→ Répétition de ô en début de groupe.
✔ Accumulation (secondaire)
👉 Effet :
- intensité dramatique
- explosion de la colère et du désespoir
- dimension oratoire et théâtrale






