17e siècle : classicisme, baroque, préciosité
La poésie française du XVIIᵉ siècle – Cours de français – Seconde
Objectifs du cours
À la fin de ce cours, tu seras capable de :
- situer la poésie du XVIIᵉ siècle dans son contexte historique,
- reconnaître les trois grands courants poétiques (baroque, préciosité, classicisme),
- identifier les caractéristiques essentielles de chaque courant,
- citer quelques auteurs majeurs et comprendre leur apport.

1️⃣ Le XVIIᵉ siècle : le « Grand Siècle »
Le XVIIᵉ siècle est appelé le Grand Siècle car il correspond à une période de :
- puissance politique,
- rayonnement culturel,
- stabilisation de la langue française.
👉 La poésie y joue un rôle central : elle sert à plaire, célébrer, enseigner et représenter l’idéal de beauté.
2️⃣ Le contexte historique et culturel
🔹 A. Louis XIV et la poésie officielle
- Louis XIV est un roi très présent dans la vie culturelle.
- Il protège les écrivains et poètes (pensions, reconnaissance).
- En échange, la poésie doit :
- glorifier le roi,
- respecter l’ordre, la mesure, la grandeur.
👉 Cela favorise le classicisme, fondé sur l’équilibre et la rigueur.
🔹 B. La religion et la poésie
- Le XVIIᵉ siècle est marqué par la Contre-Réforme catholique.
- La poésie sert aussi à :
- exprimer la foi,
- réfléchir sur la condition humaine,
- évoquer la mort, le salut, Dieu.
On trouve plusieurs types de poésie religieuse :
- poésie dévotionnelle,
- poésie morale,
- poésie mystique.
🔹 C. Les salons littéraires
- Les salons sont des lieux de discussion artistique et littéraire.
- Ils sont souvent animés par des femmes (ex. : Mme de Rambouillet).
- On y pratique une poésie :
- élégante,
- raffinée,
- brillante.
👉 C’est dans ce contexte que naît la préciosité.
3️⃣ Les règles de la poésie classique
Au XVIIᵉ siècle, écrire de la poésie signifie respecter des règles précises.
🔹 A. La versification
- Le vers dominant est l’alexandrin (12 syllabes).
- Il est coupé en deux parties égales : les hémistiches.
- Les rimes doivent être :
- riches,
- alternées (masculines / féminines).
👉 L’objectif est l’harmonie et la clarté.
🔹 B. Les bienséances
- Le poète ne peut pas tout dire n’importe comment.
- Il doit respecter :
- la morale,
- le bon goût,
- les attentes sociales.
👉 Même les sentiments personnels sont contrôlés et sublimés.
4️⃣ Les trois grands courants poétiques du XVIIᵉ siècle
🔹 A. Le baroque
📌 Idée centrale : le monde est instable et changeant.
Caractéristiques principales :
- goût pour le mouvement et l’excès,
- images frappantes,
- thèmes de la mort, du temps, de l’illusion,
- contrastes forts (beauté / laideur, vie / mort).
👉 Le baroque cherche à émouvoir et surprendre.
🔹 B. La préciosité
📌 Idée centrale : raffiner le langage et les sentiments.
Caractéristiques principales :
- vocabulaire recherché,
- métaphores élégantes,
- amour idéalisé,
- importance de la conversation et de l’esprit.
À retenir :
👉 La préciosité embellit la langue, parfois jusqu’à l’excès.
🔹 C. Le classicisme
Idée centrale : ordre, raison, harmonie.
Caractéristiques principales :
- respect strict des règles,
- clarté du langage,
- imitation des auteurs antiques,
- recherche de l’équilibre.

Le classicisme vise une beauté maîtrisée et universelle.
Tableau récapitulatif
| Courant | Ce qu’il privilégie |
| Baroque | Mouvement, émotion, instabilité |
| Préciosité | Raffinement, élégance, langage travaillé |
| Classicisme | Règles, clarté, mesure |
5️⃣ Quelques auteurs importants
🔹 Corneille (oeuvres majeures : L’Illusion comique, le Cid)
- poésie puissante et héroïque,
- vers dynamiques,
- conflits intérieurs forts.
🔹 Racine (œuvres majeures : tragédies comme Phèdre, Iphigénie, Britannicus, Bérénice, etc.)
- style simple en apparence,
- grande musicalité,
- émotions intenses mais contrôlées.
🔹 Boileau (œuvre principale : L’Art poétique)
- poète critique,
- fixe les règles du classicisme,
- défend la clarté et la rigueur.
🔹 Madame de Sévigné (lettres)
- écriture sensible et naturelle,
- poésie du quotidien,
- grande finesse psychologique.
6️⃣ Pourquoi ce siècle est encore important aujourd’hui ?
- Il a fixé les bases du français moderne.
- Il a imposé l’alexandrin comme vers majeur.
- Il influence encore :
- la littérature,
- le théâtre,
- le cinéma,
- l’art et le design.
Le XVIIᵉ siècle montre que la créativité peut naître des contraintes.
À retenir absolument
- XVIIᵉ siècle = Grand Siècle
- Trois courants : baroque / préciosité / classicisme
- Importance des règles et du contexte
- Poésie = art maîtrisé + reflet de son époque
FICHE SYNTHÈSE – La poésie du XVIIᵉ siècle (élève)
L’essentiel à retenir
Le XVIIᵉ siècle = le Grand Siècle
- Règne de Louis XIV
- Importance de la cour, des salons littéraires
- Poésie très liée au pouvoir, à la religion et aux règles
✒️ Les règles de la poésie
- Vers principal : alexandrin (12 syllabes)
- Rimes riches, alternées
- Recherche de clarté, d’équilibre et d’harmonie
- Respect des bienséances
🎭 Les 3 grands courants poétiques
| Courant | Idée centrale | Caractéristiques |
| Baroque | Le monde est instable | Mouvement, contrastes, illusion, mort |
| Préciosité | Raffiner le langage | Métaphores élégantes, amour idéalisé |
| Classicisme | Ordre et raison | Règles, clarté, imitation des Anciens |
✍️ Auteurs à connaître
- Corneille : poésie héroïque, énergie
- Racine : style épuré, musicalité
- Boileau : règles du classicisme
- Madame de Sévigné : sensibilité, naturel
🧩 À retenir pour les contrôles
👉 Le XVIIᵉ siècle cherche une beauté maîtrisée, fondée sur des règles.
✏️ 2. EXERCICES (avec corrigés)
Exercice 1 – QCM (repérage rapide)
- Le courant qui privilégie le mouvement et l’excès est :
☐ Classicisme ☐ Préciosité ☐ Baroque - Le vers le plus utilisé au XVIIᵉ siècle est :
☐ L’octosyllabe ☐ L’alexandrin ☐ Le vers libre - Les salons littéraires sont liés principalement :
☐ au baroque ☐ à la préciosité ☐ au naturalisme
Exercice 2 – Associer (courant / caractéristique)
Relie chaque courant à la bonne description :
A. Baroque
B. Préciosité
C. Classicisme
- ☐ Langage raffiné, métaphores élégantes
- ☐ Règles, mesure, harmonie
- ☐ Instabilité, illusion, contraste
Exercice 3 – Question courte (méthode bac)
👉 Explique en 3 lignes maximum pourquoi le classicisme est favorisé sous Louis XIV.
Exercice 4 – Repérage dans un texte (sans texte)
👉 Indique 2 indices qui permettent de reconnaître :
- une poésie baroque :
- une poésie classique :
Corrigés :
Exercice 1 1️⃣ Baroque / 2️⃣ Alexandrin / 3️⃣ Préciosité
Exercices 2 :
A → 3 / B → 1 / C → 2
Exercice 3 (exemple)
Le classicisme est favorisé sous Louis XIV car il reflète les valeurs du pouvoir royal : ordre, grandeur et harmonie. Le roi protège les écrivains qui respectent ces règles, ce qui encourage une poésie maîtrisée et codifiée.
Exercice 4 :
Baroque : images contrastées, thème de l’instabilité
Classique : alexandrin régulier, langage clair et mesuré
Voyons maintenant comment analyser un extrait d’une pièce de Racine (elles étaient toutes écrites en vers à cette époque) emblématique de ce qu’est le classicisme.
Lecture linéaire d’un extrait de Phèdre, de Racine
Jean Racine, Phèdre, Acte I, scène 3 (extrait – tirade de l’aveu amoureux à Oenone)
Phèdre
Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi ;
Athènes me montra mon superbe ennemi :
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler :
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables !
Par des vœux assidus je crus les détourner :
Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée :
D’un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main brûlait l’encens !
Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J’adorais Hippolyte ; et, le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer,
J’offrais tout à ce dieu que je n’osais nommer.
Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
J’excitai mon courage à le persécuter.
Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
Je pressai son exil ; et mes cris éternels
L’arrachèrent du sein et des bras paternels.
Je respirais, Œnone ; et, depuis son absence,
Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence :
Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
De son fatal hymen je cultivais les fruits.
Vaines précautions ! Cruelle destinée !
Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.
Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C’est Vénus tout entière à sa proie attachée.
J’ai conçu pour mon crime une juste terreur ;
J’ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur ;
Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire,
Et dérober au jour une flamme si noire :
Je n’ai pu soutenir tes larmes, tes combats ;
Je t’ai tout avoué ; je ne m’en repens pas.
Pourvu que, de ma mort respectant les approches,
Tu ne m’affliges plus par d’injustes reproches,
Et que tes vains secours cessent de rappeler
Un reste de chaleur tout prêt à s’exhaler.
Introduction
Dans Phèdre, Racine met en scène une héroïne tragique écrasée par une passion interdite : l’amour qu’elle éprouve pour Hippolyte, fils de son époux Thésée. Dans cette longue tirade, Phèdre retrace l’histoire complète de sa passion, depuis sa naissance jusqu’à l’aveu final. Ce discours constitue un moment central de la tragédie : Phèdre y apparaît à la fois comme coupable et victime, consciente de son crime mais incapable d’y échapper.
Problématique
Comment Racine construit-il, dans cette tirade, le portrait d’une héroïne tragique enfermée dans une passion fatale, malgré toutes ses tentatives de résistance morale ?
Découpage en mouvements
- La naissance du mal : un amour brutal et irrésistible
(v. 1 à 10) - Les tentatives religieuses et morales pour échapper à la passion
(v. 11 à 22) - La persécution d’Hippolyte : la passion retournée en violence
(v. 23 à 30) - Une illusion de répit et le retour du destin tragique
(v. 31 à 38) - La passion assumée comme fatalité et l’aveu final
(v. 39 à la fin)
Mouvement 1 — La naissance du mal : un amour brutal et irrésistible
v. 1 à 10
Mon mal vient de plus loin.
Dès le premier vers, Racine installe la gravité tragique :
- le mot « mal » désigne à la fois une souffrance physique, morale et une faute,
- l’expression « de plus loin » suggère une origine profonde, presque fatale, antérieure à toute décision consciente.
À peine au fils d’Égée / Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée…
Phèdre rappelle qu’elle était entrée dans un mariage légitime :
- « lois de l’hymen » : vocabulaire juridique et religieux → ordre social respecté,
- « repos », « bonheur », « affermi » : illusion d’un équilibre moral.
Racine montre ainsi que la passion surgit dans un moment d’ordre, ce qui la rend plus tragique encore.
Athènes me montra mon superbe ennemi :
- Hippolyte est désigné comme « ennemi », avant même d’être aimé.
- L’adjectif « superbe » renvoie à la fois à sa beauté et à sa fierté morale.
👉 L’amour naît d’emblée sous le signe du conflit.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue…
La célèbre série de verbes traduit :
- la soudaineté du choc,
- la perte de contrôle,
- l’envahissement du corps.
Le rythme rapide, les virgules, la répétition de « je » donnent l’impression d’une déflagration intérieure.
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables !
La passion est immédiatement interprétée comme :
- une malédiction divine,
- inscrite dans le sang, donc héréditaire.
👉 Phèdre comprend, mais cette compréhension n’apporte aucun salut.
Bilan du mouvement 1
L’amour apparaît comme un choc brutal, physique, mais aussi comme une fatalité tragique liée aux dieux et au destin.
Mouvement 2 — Les tentatives religieuses et morales pour fuir la passion
v. 11 à 22
Par des vœux assidus je crus les détourner…
Le verbe « crus » annonce l’échec : Phèdre a espéré, à tort.
- Les « vœux assidus », le temple, les sacrifices montrent une lutte organisée, rationnelle.
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée :
Image violente et frappante :
- « flancs » → entrailles des victimes,
- la raison, censée guider, est « égarée ».
👉 Racine suggère l’absurdité tragique : chercher la lucidité dans le sang.
D’un incurable amour remèdes impuissants !
Ce vers fonctionne comme un constat définitif :
- vocabulaire médical (incurable, remèdes),
- la passion est une maladie sans guérison.
Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J’adorais Hippolyte…
Ironie tragique :
- le rituel religieux nourrit la passion,
- Hippolyte devient un dieu substitut.
👉 La religion, loin de sauver Phèdre, approfondit sa faute.
Mouvement 3 — La persécution d’Hippolyte : la passion devenue violence
v. 23 à 30
Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
Même l’évitement échoue :
- omniprésence de l’objet aimé,
- la figure du père (Thésée) rappelle l’interdit moral.
Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
J’excitai mon courage à le persécuter.
La passion se transforme :
- en haine apparente,
- en violence injuste.
Le vocabulaire de la lutte montre un effort désespéré.
J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
Phèdre joue un rôle :
- « affectai » = feindre,
- elle se rend coupable pour se sauver.
👉 Tragédie morale : pour lutter contre le crime, elle en commet un autre.
Mouvement 4 — Illusion de paix et retour du destin
v. 31 à 38
Je respirais, Œnone… Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence.
Moment de répit :
- vocabulaire de l’apaisement,
- illusion de rédemption.
Vaines précautions ! Cruelle destinée !
Exclamations brutales :
- retour du tragique,
- le destin reprend ses droits.
Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.
Métaphore de la blessure :
- la passion est une plaie jamais refermée.
Mouvement 5 — Passion assumée, terreur morale et aveu final
v. 39 à la fin
C’est Vénus tout entière à sa proie attachée.
La passion atteint son paroxysme :
- Phèdre est réduite à une proie,
- Vénus devient prédatrice.
J’ai conçu pour mon crime une juste terreur ;
Lucidité morale :
- Phèdre se juge elle-même,
- conscience aiguë du mal.
Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire…
Le suicide apparaît comme :
- une tentative ultime de sauvegarde morale,
- une issue tragique.
Je t’ai tout avoué ; je ne m’en repens pas.
Dernier paradoxe tragique :
- aveu nécessaire,
- mais passion toujours vivante.
👉 La parole libère… sans sauver.
Conclusion
Dans cette tirade, Racine déploie toute la puissance de la tragédie classique : une passion née brutalement, reconnue comme criminelle, combattue avec énergie, mais toujours victorieuse. Phèdre incarne une héroïne tragique absolue, à la fois lucide et impuissante, coupable et victime, dont la grandeur tient à la clarté avec laquelle elle regarde sa propre perte.
Plan de commentaire rédigé
Jean Racine, Phèdre, Acte I, scène 3
Tirade de l’aveu de Phèdre
Problématique
Comment Racine transforme-t-il l’aveu amoureux de Phèdre en une véritable scène tragique, où la passion apparaît comme une fatalité plus forte que la raison et la morale ?
I. Une passion brutale et immédiatement envahissante
Idée directrice
Racine montre que l’amour de Phèdre naît comme un choc soudain, qui envahit à la fois le corps et l’esprit, sans laisser de place au choix ou à la maîtrise.
Arguments développés
- La passion surgit dès la première rencontre :
- « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue »
→ enchaînement rapide de verbes, effet de saisissement.
- « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue »
- Le corps réagit de manière incontrôlable :
- « Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler »
→ perte des fonctions essentielles, signe de domination de la passion.
- « Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler »
- La violence de l’émotion est rendue par des oppositions extrêmes :
- « transir et brûler »
→ contradiction physique traduisant le désordre intérieur.
- « transir et brûler »
- Le vocabulaire du mal apparaît très tôt :
- « Mon mal vient de plus loin »
→ la passion est perçue comme une souffrance et une faute.
- « Mon mal vient de plus loin »
Transition
Mais cet amour n’est pas seulement une émotion incontrôlée : Racine l’inscrit dans une logique tragique, où la passion devient une fatalité imposée par les dieux.
II. Une fatalité tragique imposée par les dieux et le destin
Idée directrice
La passion de Phèdre est présentée comme une malédiction divine, héritée et inévitable, ce qui enlève à l’héroïne toute véritable liberté.
Arguments développés
- La référence mythologique donne une dimension tragique :
- « Je reconnus Vénus et ses feux redoutables »
→ l’amour devient une force divine, irrésistible.
- « Je reconnus Vénus et ses feux redoutables »
- La passion est inscrite dans la lignée familiale :
- « D’un sang qu’elle poursuit »
→ idée de malédiction héréditaire.
- « D’un sang qu’elle poursuit »
- Le vocabulaire de la nécessité tragique est explicite :
- « tourments inévitables », « cruelle destinée »
→ impossibilité d’échapper au mal.
- « tourments inévitables », « cruelle destinée »
- Phèdre tente de lutter par la religion :
- « Par des vœux assidus », « Je lui bâtis un temple »
→ effort moral et rationnel.
- « Par des vœux assidus », « Je lui bâtis un temple »
- Mais cette lutte est vaine :
- « D’un incurable amour remèdes impuissants »
→ métaphore médicale qui souligne l’échec total.
- « D’un incurable amour remèdes impuissants »
Transition
Face à cette fatalité, Phèdre ne se contente pas de souffrir : elle agit, mais ses actions ne font qu’aggraver sa faute.
III. Une héroïne tragique, lucide mais impuissante
Idée directrice
Phèdre apparaît comme une héroïne tragique complexe : elle a conscience de son crime, tente de résister, mais reste dominée par une passion plus forte qu’elle.
Arguments développés
- La passion se transforme en violence contre Hippolyte :
- « J’excitai mon courage à le persécuter »
→ lutte contre soi-même.
- « J’excitai mon courage à le persécuter »
- Phèdre se rend coupable pour se sauver :
- « J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre »
→ feinte, injustice volontaire.
- « J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre »
- Le retour d’Hippolyte ravive la blessure :
- « Ma blessure trop vive aussitôt a saigné »
→ image de la plaie jamais refermée.
- « Ma blessure trop vive aussitôt a saigné »
- Phèdre est lucide sur son crime :
- « J’ai conçu pour mon crime une juste terreur »
→ jugement moral sur elle-même.
- « J’ai conçu pour mon crime une juste terreur »
- L’aveu final ne libère pas :
- « Je t’ai tout avoué ; je ne m’en repens pas »
→ contradiction tragique : la conscience ne suffit pas à éteindre la passion.
- « Je t’ai tout avoué ; je ne m’en repens pas »
Conclusion
Dans cette tirade, Racine fait de l’aveu amoureux de Phèdre une scène tragique majeure. La passion y apparaît d’abord comme un choc physique, puis comme une fatalité divine, enfin comme une force contre laquelle même la lucidité morale est impuissante. Phèdre incarne ainsi une héroïne tragique exemplaire, à la fois coupable et victime, dont la grandeur naît de la clarté avec laquelle elle regarde sa propre perte.
Ouverture possible
On peut rapprocher cette figure de Phèdre d’autres héroïnes tragiques raciniennes, comme Andromaque ou Bérénice, également déchirées entre passion et devoir, ou comparer cette fatalité antique à la vision plus instable et mouvante de la passion dans la poésie baroque du XVIIᵉ siècle.